Les Amis de la Nature en France
- Par Paul Ludwig, Colmar (Haut-Rhin )
Si, à l'occasion
du soixantenaire du mouvement des Amis de la Nature, l'on s'avise de jeter un coup d'œil rétrospectif sur le mouvement en France, c’est avec étonnement que l'on constate que lui aussi
compte déjà plus de quarante années d'existence. Il convient alors de préciser que ces quatre décades ont été obscurcies et interrompues à plusieurs reprises par des événements tragiques
qui ont bouleversé tellement profondément le pays et ses habitants qu'ils ne laissèrent guère le loisir de songer à autre chose, en l'occurrence à un mouvement touristique. La France a
vécu en particulier deux guerres mondiales, durant lesquelles la partie nord est du pays a subi l'effroi et l'épouvante, la torture physique et morale et bien des maux
indescriptibles.
Il n'est pas exagéré d'affirmer que le sang de France, encore maintenant, après des
années, coule des blessures profondes occasionnées par la guerre et que l'on n'a pas trouvé encore le remède susceptible de les cicatriser définitivement. Bien des
choses qui se passent en France paraissent incompréhensibles et inexplicables à l'étranger ; pourtant, souvenons-nous, feuilletons à reculons quelques pages de notre histoire
et nous ressuscitons de la sorte les horreurs que nous avons
vécues...
Les premières années
C'est au cours de l'été de l'année 1912 que quelques compagnons,
essentiellement typographes, revenant de Vienne, amenèrent d'Autriche l’idée du mouvement des Amis de la Nature en Alsace, plus exactement à Strasbourg. Bientôt, quelques graines se
déposèrent également à Colmar et à Mulhouse, elles germèrent et donnèrent naissance vers les années 1913 et 1914 à deux sections des Amis de la Nature. L'été de l'année 1914 vit encore la
création d'une section du mouvement à Paris. Les jeunes sections de Strasbourg et de Colmar se rencontrèrent une première fois ce devait être la dernière avant fort longtemps au
mois de juin 1914. dans les Hautes Vosges, au Hohneck ( 1362 m). C’est à cet endroit, où alors passait la frontière franco-allemande, que l'on prit les décisions qui s’imposaient afin de
donner l'impulsion au jeune mouvement des Amis de la Nature de la rive gauche du Rhin. Peu de semaines plus tard, résonnèrent là-haut les premiers coups de feu qui amenèrent la fin de
bien des espoirs des Amis de la Nature, espoirs qui plus tard, pourtant, devaient finir par devenir réalités. La section de Strasbourg ne reprit pourtant pas, en 1918, son activité
au sein du mouvement. Ce n’est que bien plus tard, vers les années 1926 et 1927, qu'il fut possible de créer, en compensation, deux nouvelles sections, celle de Strasbourg-Neudorf et
celle de Strasbourg-Ville. Auparavant pourtant, en 1919, la section de Mulhouse avait rassemblé ses anciens membres et reformé sa section. Colmar se hâta de suivre son exemple. Aussitôt
débuta une période d'intense activité de recrutement, en particulier parmi les ouvriers syndiqués. Un succès considérable devait peu a peu couronner ce travail. De nouvelles sections
virent le jour à intervalles rapprochés à Thann, Schiltigheim, Guebwiller, Sainte-Marie-aux-Mines et Munster. Au printemps de l'année 1927, ces sections décidèrent de se grouper en une
union régionale. Un comité de gestion, siégeant à Mulhouse, fut élu. Le premier président en fut Jules Dickelmann, un Ami de la Nature méritant, actif aussi en tant que syndicaliste et
que coopérateur, camarade que nous avons malheureusement perdu en 1953.
Les jeunes sections françaises
respectaient strictement les principes viennois et se maintenaient dans la tradition du mouvement : Développer les possibilités physiques, tout en insufflant les forces nécessaires à
l'indépendance de l'esprit ; cela en maintenant un contact étroit avec la nature ; propager ces idées dans les milieux les plus vastes possibles en ne perdant pas de vue le but
final des Amis de la Nature : S'unir étroitement avec le mouvement ouvrier socialiste, afin d'obtenir pour la classe ouvrière des conditions de vie
meilleures.
Création
d'un bulletin de liaison
Afin de faciliter le travail de recrutement et de stimuler la
coopération entre les membres, la nécessité d’un bulletin d'information se fit bientôt sentir d'une façon impérieuse. Il fut réalisé en 1928, après bien des difficultés ; il fut
édité dans l’imprimerie de notre camarade P. Vollmer, à Strasbourg-Neudorf, et il convient de l'en remercier sincèrement. Quantité de désirs et de suggestions demandaient à
paraître sur les huit pages paraissant mensuellement, ce nombre de pages étant quelquefois réduit à moins encore. Le «bulletin» gagna pourtant en importance et par la suite se
mua, a la grande joie de ses collaborateurs, en un organe digne d’attention au sein du mouvement des Amis de la Nature. Dans la même ordre d'idées, signalons que dès ses débuts, et de nos
jours encore, les Amis de la Nature ont trouvé pour leur travail de prospection, un appui et une aide considérables de la part des quotidiens socialistes de la région, en particulier «Le
Républicain», à Mulhouse, et «La Presse Libre», à Strasbourg.
Sa rédaction et les collaborateurs étaient souvent soumis à des influences fort diverses,
pourtant, le besoin de «L'Ami de la Nature» était tellement grand qu'il ne cessa a aucun moment de paraître. De nos jours, le périodique est devenu international et se trouve
sur un pied d'égalité avec « Der Naturfreund» ; il est l'organe de liaison de tous les sociétaires de langue française.
Erection des premiers chalets Amis de la
Nature
A peine les premiers sociétaires avaient-ils pris contact entre
eux, qu'ils élaborèrent des projets et tracèrentdes plans pour la construction prochaine de refuges ou de chalets dans leur terrain de prédilection, les Vosges. C'est ainsi que l'on eut
la surprise agréable d’apprendre que la section de Mulhouse avait entrepris la construction du premier refuge Amis de la rature en France, au Treh, près du Markstem. La section de
Schiltigheim projeta de louer un chalet dans la partie centrale des Vosges, alors que vers la même époque la section de
Colmar commença l’érection d'une ancienne baraque militaire, tout près de l'actuel chalet du Schnepfenried. Ces trois premiers points d'appui virent le jour entre les années 1924 et
1927. Le dynamisme des constructeurs du chalet du Treh eut par la suite une influence bénéfique sur les sections voisines. En effet, déjà en 1927, la section de Colmar décida de remplacer
sa baraque par un nouveau bâtiment, répondant mieux aux besoins croissants de la section. Vers la même époque, la section de Strasbourg-Neudorf loua elle aussi une ferme près de Belmont,
sur le versant est du Champ du Feu et celle de Strasbourg-Ville s’était assurée un domaine intime en acquérant une ancienne maison forestière au pied de l'Ungersberg dans la partie
centrale des Vosges.
En 1930, la section de Thann inaugura son chalet au Molkenram (1
150 m) au sud du Vieil-Armand. Son exemple fut suivi en 1932 par la section de Bischheim avec Muckenbach dans la vallée de la Bruche et celle de Guebwiller avec le Rotenbrunnen
au Petit-Ballon. Le chalet Haycot au Bressoir, construit par la section de Sainte-Marie-aux-Mines, inauguré au cours de l'été 1934. La section de Munster loua la nouvelle et vaste
ferme du Seestättle au Tanet, près du col de la Schlucht. Plus tard, on renonça au Seestättle et Schiltigheim
acquit son nouveau chalet a Fréconrupt. Belmont a été remplacé en 1946 par la Chaume-des-Veaux, où se dresse actuellement le magnifique chalet de la section
Strasbourg-Neudorf.
Le mortier qui lie les nombreux moellons de ces
premiers chalets de l'Union nationale française des Vosges contient autant d'éléments d'un solide esprit de coopération et de dynamisme que d'espoirs et de certitude en un monde socialiste
et humain. Excursions et sorties en montagne
De tous temps, les Amis de la Nature ont considéré le tourisme et
les sorties en montagne comme occupations positives des loisirs ; plus tard, la pratique du ski, de l'aviron et d'autres activités sportives encore, dont la nature est le cadre vinrent
s’ajouter aux activités citées plus haut. Bien comprises, ces activités sont susceptibles de fortifier et d'éduquer le corps et l'esprit, d'élargir l'horizon intellectuel. Au cours des dernières années, nous avons pu constater que l'on tend de
plus en plus à reléguer l'excursionniste à l'arrière-plan. Le rythme effréné de notre époque, la motorisation et l'« alpinisme» en télésiège chassent les paisibles sorties pédestres.
Outre bien des progrès agréables, le triomphe de la technique nous a apporté l'agitation, l'instabilité,
les pétarades des moteurs aussi bien dans les plaines que sur les
hauteurs et tout cela empêche l'homme de cultiver un contact étroit avec la nature, ce qui lui fait courir le risque terrible de l'atrophie spirituelle. Les Amis de la Nature français
peuvent faire
état de nombre de belles excursions, aussi bien en France qu'à
l'étranger
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