Rennes Emeraude les Amis de la Nature 35 HAUTE BRETAGNE

1895-1955-Amis de la Nature - 31- 1912 ! Les premiers AN français !

Les Amis de la Nature en France 

 Par Paul Ludwig, Colmar (Haut-Rhin )

 Si, à l'occasion du soixantenaire du mouvement des Amis de la Nature, l'on s'avise de jeter un coup d'œil rétrospectif sur le mouvement en France, c’est avec étonnement que l'on constate que lui aussi compte déjà plus de quarante années d'existence. Il convient alors de préciser que ces quatre décades ont été obscurcies et interrompues à plusieurs reprises par des événements tragiques qui ont bouleversé tellement profondément le pays et ses habitants qu'ils ne laissèrent guère le loisir de songer à autre chose, en l'occurrence à un mouvement touristique. La France a vécu en particulier deux guerres mondiales, durant lesquelles la partie nord est du pays a subi l'effroi et l'épouvante, la torture physique et morale et bien des maux indescriptibles. 

Il n'est pas exagéré d'affirmer que le sang de France, encore maintenant, après des années, coule  des blessures profondes occasionnées par la guerre et que l'on n'a pas trouvé encore le remède susceptible de les cicatriser définitivement. Bien des choses   qui se passent en France paraissent incompréhensibles et inexplicables à l'étranger ; pourtant, souvenons-nous, feuilletons à reculons quelques pages de notre histoire et nous ressuscitons de la sorte les horreurs que nous avons vécues...                 

Les premières années

C'est au cours de l'été de l'année 1912 que quelques compagnons, essentiellement typographes, revenant de Vienne, amenèrent d'Autriche l’idée du mouvement des Amis de la Nature en Alsace, plus exactement à Strasbourg. Bientôt, quelques graines se déposèrent également à Colmar et à Mulhouse, elles germèrent et donnèrent naissance vers les années 1913 et 1914 à deux sections des Amis de la Nature. L'été de l'année 1914 vit encore la création d'une section du mouvement à Paris. Les jeunes sections de Strasbourg et de Colmar se rencontrèrent une première fois  ce devait être la dernière avant fort longtemps au mois de juin 1914. dans les Hautes Vosges, au Hohneck ( 1362 m). C’est à cet endroit, où alors passait la frontière franco-allemande, que l'on prit les décisions qui s’imposaient afin de donner l'impulsion au jeune mouvement des Amis de la Nature de la rive gauche du Rhin. Peu de semaines plus tard, résonnèrent là-haut les premiers coups de feu qui amenèrent la fin de bien des espoirs des Amis de la Nature, espoirs qui plus tard, pourtant, devaient finir par devenir réalités. La section de Strasbourg ne reprit pourtant pas,  en 1918, son activité au sein du mouvement. Ce n’est que bien plus tard, vers les années 1926 et 1927, qu'il fut possible de créer, en compensation, deux nouvelles sections, celle de Strasbourg-Neudorf et celle de Strasbourg-Ville. Auparavant pourtant, en 1919, la section de Mulhouse avait rassemblé ses anciens membres et reformé sa section. Colmar se hâta de suivre son exemple. Aussitôt débuta une période d'intense activité de recrutement, en particulier parmi les ouvriers syndiqués. Un succès considérable devait peu a peu couronner ce travail. De nouvelles sections virent le jour à intervalles rapprochés à Thann, Schiltigheim, Guebwiller, Sainte-Marie-aux-Mines et Munster. Au printemps de l'année 1927, ces sections décidèrent de se grouper en une union régionale. Un comité de gestion, siégeant à Mulhouse, fut élu. Le premier président en fut Jules Dickelmann, un Ami de la Nature méritant, actif aussi en tant que syndicaliste et que coopérateur, camarade que nous avons malheureusement perdu en 1953.

Les jeunes sections françaises respectaient strictement les principes viennois et se maintenaient dans la tradition du mouvement : Développer les possibilités physiques, tout en insufflant les forces nécessaires à l'indépendance de l'esprit ; cela en maintenant un contact étroit avec la nature ; propager ces  idées dans les milieux les plus vastes possibles en ne perdant pas de vue le but final des Amis de la Nature : S'unir étroitement avec le mouvement ouvrier socialiste, afin d'obtenir pour la classe ouvrière des conditions de vie meilleures.

  Création d'un bulletin de liaison

Afin de faciliter le travail de recrutement et de stimuler la coopération entre les membres, la nécessité d’un bulletin d'information se fit bientôt sentir d'une façon impérieuse. Il fut réalisé en 1928, après bien des difficultés ; il fut édité dans l’imprimerie   de notre camarade P. Vollmer, à Strasbourg-Neudorf, et il convient de l'en remercier sincèrement. Quantité de désirs et de suggestions demandaient à paraître sur les huit pages paraissant mensuellement, ce nombre de pages étant quelquefois réduit  à moins encore. Le «bulletin» gagna pourtant en  importance et par la suite se mua, a la grande joie de ses collaborateurs, en un organe digne d’attention au sein du mouvement des Amis de la Nature. Dans la même ordre d'idées, signalons que dès ses débuts, et de nos jours encore, les Amis de la Nature ont trouvé pour leur travail de prospection, un appui et une aide considérables de la part des quotidiens socialistes de la région, en particulier «Le Républicain», à Mulhouse, et «La Presse Libre», à Strasbourg.

Sa rédaction et les collaborateurs étaient souvent soumis à des influences fort diverses, pourtant, le besoin de «L'Ami de la Nature» était tellement grand qu'il ne cessa a aucun moment de paraître. De nos jours, le périodique est devenu   international et se trouve sur un pied d'égalité avec  « Der Naturfreund» ; il est l'organe de liaison de tous les sociétaires de langue française.

Erection des premiers chalets Amis de la Nature

A peine les premiers sociétaires avaient-ils pris contact entre eux, qu'ils élaborèrent des projets et tracèrentdes plans pour la construction prochaine de refuges ou de chalets dans leur terrain de prédilection, les Vosges. C'est ainsi que l'on eut la surprise agréable d’apprendre que la section de Mulhouse avait entrepris la construction du premier refuge Amis de la rature en France, au Treh, près du Markstem.  La section de Schiltigheim projeta de louer un chalet dans la partie centrale des Vosges, alors que vers la même époque la section de Colmar commença l’érection d'une ancienne baraque militaire, tout près de l'actuel chalet du Schnepfenried.  Ces trois premiers points d'appui virent le jour entre les années 1924 et 1927. Le dynamisme des constructeurs du chalet du Treh eut par la suite une influence bénéfique sur les sections voisines. En effet, déjà en 1927, la section de Colmar décida de remplacer sa baraque par un nouveau bâtiment, répondant mieux aux besoins croissants de la section. Vers la même époque, la section de Strasbourg-Neudorf loua elle aussi une ferme près de Belmont, sur le versant est du Champ du Feu et celle de Strasbourg-Ville s’était assurée un domaine intime en acquérant une ancienne maison forestière au pied de l'Ungersberg dans la partie centrale des Vosges.

En 1930, la section de Thann inaugura son chalet au Molkenram (1 150 m) au sud du Vieil-Armand. Son exemple fut suivi en 1932 par la section de Bischheim avec Muckenbach dans la vallée de la Bruche et celle de  Guebwiller avec le Rotenbrunnen au  Petit-Ballon. Le chalet Haycot au Bressoir, construit par la section de Sainte-Marie-aux-Mines, inauguré au cours de l'été 1934. La section de Munster loua la nouvelle et vaste ferme du Seestättle au Tanet, près du col de la Schlucht. Plus tard, on  renonça au Seestättle et Schiltigheim acquit son nouveau chalet a Fréconrupt. Belmont a été remplacé en 1946 par la Chaume-des-Veaux, où se dresse actuellement le magnifique chalet de la section Strasbourg-Neudorf.

Le mortier qui lie les nombreux moellons de ces premiers chalets de l'Union nationale française des Vosges contient autant d'éléments d'un solide esprit de coopération et de dynamisme que d'espoirs et de certitude en un monde socialiste et humain. Excursions et sorties en montagne

De tous temps, les Amis de la Nature ont considéré le tourisme et les sorties en montagne comme occupations positives des loisirs ; plus tard, la pratique du ski, de l'aviron et d'autres activités sportives encore, dont la nature est le cadre vinrent s’ajouter aux activités citées plus haut. Bien comprises, ces activités sont susceptibles de fortifier et d'éduquer le corps et l'esprit, d'élargir l'horizon intellectuel. Au cours des dernières années, nous avons pu constater que l'on tend de plus en plus à reléguer l'excursionniste à l'arrière-plan. Le rythme effréné de notre époque, la motorisation et l'« alpinisme» en télésiège chassent les paisibles sorties pédestres. Outre bien des progrès agréables, le triomphe de la technique nous a apporté l'agitation, l'instabilité,

les pétarades des moteurs aussi bien dans les plaines que sur les hauteurs et tout cela empêche l'homme de cultiver un contact étroit avec la nature, ce qui lui fait courir le risque terrible de l'atrophie spirituelle. Les Amis de la Nature français peuvent faire

état de nombre de belles excursions, aussi bien en France qu'à l'étranger
 

Dim 18 oct 2009 Aucun commentaire